Crédits : Ted Thai / The LIFE Picture Collection - Getty

Ecrire : faire revenir son identité 2/6

Un auteur n’a qu’une seule histoire à raconter : mais sait-il laquelle ?

Il n’y a pas de sujet qu’on aurait déjà bien en tête et qui suffirait de coucher d’un seul jet sur le papier. Écrire n’est pas transcrire.

Il existe bien sûr un feu intérieur qui ne demande qu’à sortir mais il n’est pas sous forme de mots même si « tout viendra à un moment » comme l’écrivait James Baldwin (photo de 1979, Crédits : Ted Thai / The LIFE Picture Collection – Getty).

Comme le personnage de Gaston Lagaffe, un chansonnier trouve, bien souvent, dans son processus d’écriture une invention à laquelle il ne s’attendait point. En fait, tout est déjà là mais on ne le voit pas encore. On ne l’ voit pas encore car on est dans le registre de l’émotion et de la passion amoureuse, là où les mots sont devenus sur ce terrain souvent impuissants.

Seul un désordre des mots en fête peut permettre de trouver l’image juste qui va toucher celles et ceux qui écoutent la chanson.

Ces mots qui forgent « la chanson » doivent être considérés comme un matériau noble. Ils sont travaillés sur l’axe des idées, le « soleil » appelant la « plage » par association d’idées mais aussi sur l’axe matériel le « soleil » donnant « sommeil » par commutation d’un seul phonème, le [l] devenant [m].

Là aussi, il est important de traiter ces mots en égaux de soi comme Gaston Lagaffe le fait avec ses animaux. Il ne se comporte jamais comme un maître à qui ses animaux lui appartiendraient : chat, mouette, poisson, etc. Il cherche sans cesse à les prendre comme ils sont et à simplement améliorer leur condition de vie. Il en va de même pour un auteur à chansons. Ce n’est pas plus compliqué.

Littérature, chansons et identités

Ainsi, là où la littérature anticipent bien souvent le devenir des mœurs sociaux à venir, voire de la Loi, la chanson est tout son contraire. Elle doit se présenter comme un théâtre où joue et se rejoue le nœud de toutes ces tensions qui perdurent. La chanson dépasse le stade de l’explication pour celui de l’émotion ; elle mise tout sur le sentiment.

Mais écrire touche aussi à la question de l’identité, voire d’une pluralité d’identités cherchant à s’exprimer dans une société pas toujours prêtes à les accueillir.

Qui sommes-nous vraiment ? C’est une question difficile qui se pose à nous.

Au final, chacune de ces identités peut donner lieu à l’expression d’une chanson. Elle revêt des habits différents mais le thème reste souvent le même : l’amour.

Chanter l’amour : comment l’écrire ?

Une chanson est une adhésion. Une adhésion à une idée, à une réflexion plus ou moins consciente de la part de son auteur mais qui est là. Cette prise de conscience prend du temps. C’est comme si l’écrivain devait être en assignation individuelle pour réussir enfin à être soi-même avant de pouvoir en faire cadeau à son auditoire.

Mais comment écrire ce que l’on ne sait pas dire, ce que l’on n’ose point énoncer. Comment dévoiler le mobile sans devenir impudique voire intrusif ? C’est l’un des enjeux de la littérature : faire entendre cette voix différente en dehors des chemins politiques traditionnels, de la justice et des mœurs sociaux de notre époque mais avec une voix douce.

Ainsi, entre le chemin autobiographique et la dimension toujours fictionnelle d’une chanson, où placer curseur ? Ce fameux couteau du sculpteur ? La réponse est peut-être à chercher du côté de l’intelligence sous toutes ses formes contrant une connerie souvent gratuite et méchante pouvant être symbolisée par le costume du policier blanc américain bien raciste. Fort heureusement, la majorité d’entre eux ne le sont pas.

La question du style en écriture

On écrit comme on est mais pas que. On écrit aussi en pillant aux autres une bonne idée ou en référence à quand ce n’est pas à la méthode de…

Le style s’affine aussi avec le temps et se perfectionne grâce aux nombreuses révisions que le texte « subit ».

Mais d’une façon plus personnelle, je dirai que le style est lié à son vécu d’enfance, à sa propre culture, à ses ressassements permanents et d’une manière plus générale à toutes ses portes qui nous résistent.

Le style est ce qui reste quand le propos se veut changeant : une sorte de permanence dans les mille choses à dire. Ces mots qui sont normalement à-côté mais qui trouvent ici, dans cette expression construite par l’auteur, toute leur place.

La magie de l’écriture est là, une nouvelle façon de porter la parole entremêlant au mieux « mélodie » et « texte ».

Les personnages de dessinent, l’ambiance se pose, la profondeur apparaît et l’effacement du chanteur comme de l’auteur devient évident pour un objet culturel qui le dépasse : la chanson.

Laïus.

 
 
 
 
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