Ouvrage de l'écrivain Valéry Larbaud

Se lancer dans un projet musical : une réponse à un amour d’adolescent 1/6

Être une grande personne pour enfin penser l’enfance

C’était durant l’année 1988, aux vacances de Printemps avec mes parents en Grèce, dans un club de vacances au bord de la mer Égée que ce moment vertical est apparu. Cette rencontre indépassable que l’on ne peut vivre intensément qu’au moment de l’adolescence. Je crois que l’on appelle cela « le bonheur » ; il fallait bien un peu de musique pour y répondre.

Elle était jeune, elle était belle, et suis tombé radicalement sous le charme de cette belle métisse new-yorkaise de 18 ans. C’était une apparition à la peau brune sur fond bleu, embarqués tous les deux. Première passion pour un amour d’enfance ; un idéal inégalable. Un peu comme cet amour comme l’on peut porter à sa famille : il est d’un autre ordre.

L’écrivain français Valéry Larbaud a écrit cette belle phrase : « laissez-moi reprendre mon enfance où j’en étais ». C’est ce que cet auteur semble avoir cherché dans son ouvrage Enfantines (collection blanche aux éditions Gallimard, 1918) et que je poursuis à travers la « fabrication » de cet album.

Entre souvenir passé et traces indélébiles

Comme dans ce recueil Enfantines, il reste toujours en nous un monde d’enfance et de chansons. On ne saurait trouver d’ouvrage s’y rapprochant de plus près. C’est notre paradis perdu. Non pas pour redevenir le petit garçon d’avant mais pour continuer d’être ce que nous sommes devenus en tant que grande personne dans une dualité digne d’une scène romantique.

Je pense à ce passage dans l’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert où le motif noble n’est plus du domaine des Nobles dans ce duel à l’épée où ce dernier tombe sur le dos évanoui par manque de courage ! Quelle faillite du romanesque… « des figures de passants se bousculant sur un trottoir » (Zola). Dorénavant l’action se passera là : dans la rue, un lieu du hasard en extérieur alors que la réelle saisie se fait toujours dans notre monde intérieur ; celui des sensations et de la perception.

Ainsi, « Laissez-moi reprendre mon enfance où j’en étais » est un vœu mystérieux qui exprime ce souhait de pouvoir continuer l’aventure mais avec les moyens, cette fois-ci, de pouvoir la terminer. Produire et réaliser un album musical relève bien de cette volonté, d’une action enfin à ma portée.

Le monde du travail et les Institutions sont des Lois qui nous empêchent bien souvent de penser ce paradis perdu. Il n’y a aucune pitié dans le monde des adultes alors que l’enfance est heureuse, amoureuse, située entre deux rives… relevant presque du merveilleux comme dans une chanson.

Je parle ici d’un merveilleux vécu et non augmenté par une imagination de type « contes fantaisistes » ou autres « procédés 3D ».

Mais dans le même temps, ce merveilleux est aussi un monde intérieur rétréci donnant lieu à une profonde blessure intérieure. Celui d’une passion non finalisée d’un ange américain que je n’ai pu retenir.

Être en prise avec ses sentiments, c’est difficile. Il y a de l’amour entre deux personnes, une sensualité de type « j’aimais sa vie »… un absolu indépassable, une forme radicalement autre ne trouvant aucun prolongement, un côté irrésolue, un secret terrible.

Une éducation de sentiment toujours en cours…

C’est ainsi que la création de cet album répond à cette éducation sentimentale ratée ; une honte à la nostalgie de celle que l’on a aimée et qu’on refoule pendant des années. Quelle cruauté du réel ! Il faut donc trouver un médiation, un vecteur. Cela passera donc, c’est décidé, par l’écriture de chansons.

Écrire des chansons comme on aime sans compter, sans penser à demain. Sauf que le lendemain nous attend au pied levé à chaque nouvelle rosée. Il est présent dans un idéal inaccompli qui au final le préserve intact.

Ne rien faire est peut-être la meilleure éthique qui soit ? Personnellement, je ne le pense pas. L’éthique est dans l’honnêteté de l’action et j’ai choisi pour cela de réaliser ce bel objet culturel qu’est un album musical.

Le syndrome de Peter Pan et la musique

Même si l’on reste pour certains des adolescents dans notre esprit ; cette envie de non grandir est non puéril. Bien au contraire, c’est un élan. Une jeunesse non encore asservie aux mondes des adultes.

Voilà, le premier pas avec cet album est fait : un souffle « cheveux aux vents » qui me pousse à le réaliser depuis plus de 25 ans.

L’objet culturel sera bientôt là contre « vents mauvais » voulant nous emporter comme l’écrivait déjà Verlaine dans son poème « Chanson d’automne » (poèmes saturniens, 1866).

Je crois que la jeunesse, c’est d’abord c’la : un vent debout, un air qui siffle, une mélodie en tête. N’est-ce pas là aussi un point d’alliance possible entre la chanson et l’amour ? entre le temps passé et le temps présent ?

Laïus.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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