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Album Avant-Matin Brèves musicales

À partir de quand peut-on dire qu’un album est réussi ? (2/3)

La réalisation d’un album musical demande du temps et de l’argent. La question de son succès est en droit d’être posée mais sur quels critères ?

Rien ne nous exonère du temps qui passe…

Certains artistes réalisent un album musical afin d’avoir une trace propre de leur travail, telle une psychanalyse personnelle pour se sentir peut-être un peu moins perdu en ce vaste monde. L’objectif poursuivi n’est donc pas commercial mais bien de l’ordre du souvenir personnel ; comme s’il fallait obligatoirement laisser quelque chose derrière soi pour réussir à avancer.

Une sorte de délestage nécessaire à la prise de hauteur permettant d’attirer l’attention sur un sujet ou un thème qui nous tient à cœur. En effet, un album réussi, c’est avant tout des chansons qui s’inscrivent dans le temps et que l’on a plaisir à réécouter régulièrement. Des chansons qui touchent en nous une part de l’intime qu’on ne soupçonnait pas.

Bien sûr, aucun auteur-compositeur ne boudera de voir son « bébé » caracoler en tête des ventes si celui-ci est fier de son œuvre et peut la revendiquer. Mais si on analyse, il existe un certain nombre d’albums qui ont été n°1 car festifs ou dans l’actualité info du moment mais qui ne laisseront aucune trace dans nos esprits au final.

Je pense qu’il est important de revendiquer les textes et son format ; par exemple pour l’album « Avant-Matin », la majeure partie des morceaux a été jouée en mode acoustique ce qui met en avant les paroles. Il y a aussi eu le désir de trouver la forme artistique la plus adaptée afin de faire partager cette part intime d’un jardin secret et personnel au plus grand nombre. Enfin, il reste ce vœu d’aborder des thèmes universels, non ancrés dans l’actualité du moment afin d’y déposer du sens à long terme.

Guitariste

Succès = Radios ?

Suite au retour SACEM début juillet 2019, je me suis rendu compte que certaines chansons ont été diffusées sur des radios. C’est déjà une forme du succès si l’on recherche à élargir son audience auprès d’un certain public. Mais un album réussi, c’est avant tout de permettre à l’artiste une certaine forme d’accomplissement entre sa vision personnelle et celle plus engagée dans le monde où il vit.

Bien sûr, j’ai toujours plaisir à écouter mon album des mois après sa sortie, ce qui est déjà une satisfaction personnelle en soi mais ce n’est en rien suffisant. Même s’il est vrai que certains artistes n’aiment pas du tout s’entendre chanter et ne réécoutent jamais leurs productions sonores de peur d’y découvrir des maladresses. Mais c’est souvent dans les failles que se cachent la beauté.

Succès, scène et diffusion

Ne souhaitant pas faire de scène pour le moment, ce n’est donc pas la jauge des places vendues qui attestera ou non du succès de l’album. Je préfère croire que les gens écoutent un album à leur domicile avec leur casque audio sur la tête plutôt qu’une bière à la main dans une salle surchauffée où le son de la voix sera encore sous-mixée au regard des autres instruments joués sur scène.

Partir de chez soi, de route en route, de salle en salle ne me fait pas rêver car j’y perdrai ma famille et ma santé. Un album peut vivre sans « live » même si je sais que c’est le lieu où l’argent se gagne dans le monde du spectacle et qu’il est actuellement sur-parlé après avoir été tant délaissé durant la période faste des années discographiques. Le confinement va certainement rebattre les cartes sur le sujet des concerts et du spectacle vivant de manière générale.

Succès = proximité ?

Si un jour je dois faire de la scène, j’en choisirai une à taille humaine où l’on peut voir le public dans les yeux comme aux temps des MJC ou dans l’esprit des soirées de poche ; peut-être au sein du réseau départemental des médiathèques. En effet, une salle autour des 30 personnes me semble être le bon calibrage pour réussir à interagir avec le public et sentir qu’on respire tous au même rythme des chansons tout au long du set. Un espace permettant à tous d’être embarqués le temps d’une traversée musicale sans sirène et bouée. Bref, vivre un moment de partage authentique en somme dans une salle chaleureuse se prêtant bien à la mise en voix des paroles et à l’émotion.

horloge

Succès = artificiel ?

Cette question du succès d’un album peut paraître superficielle, et l’on pourrait même considérer qu’après avoir produit un album de 12 chansons, l’objectif est bien évidemment de le faire connaître au plus grand nombre par une mise en vente commerciale active.

C’est en partie vraie mais avec les nouvelles plates-formes digitales, la plupart des auditeurs écoutent des titres sans forcément acheter l’album – comme un objet culturel à part entière – même si la vente de CD n’est pas morte et qu’un regain pour le vinyle existe actuellement dans certains styles de musique. Les supports physiques musicaux perdent sans cesse des parts de marché sur le plan mondial.

La sortie d’un album sur les plates-formes digitales change donc en partie la donne par rapport aux seules distributions en mode physique. Il faut y réfléchir à deux fois. Faire connaître, diffuser, infuser, promouvoir, financer un attaché de presse… c’est long et difficile.

Succès = épanouissement ?

Mais, en ces temps difficiles pour la chanson, même si vouloir réconcilier le monde idéal et le monde réel semble être une « cause perdue », il est important de redonner une place au monde des émotions et au temps long. Dans cet esprit, créer des chansons devient une planche de salut et qu’importe si le succès sera au rendez-vous. Entre grands espaces et rase-motte urbain, la voix et les mots portent cette part enchantée des thèmes souvent les plus secrets en nous. C’est peut-être là le plus beau bijou.

Ainsi, l’amour impossible, la précarité, la solitude, les épreuves, les déambulations, le voyage… sont autant de situations de vie qui se révèlent enfin à la lumière du jour tel un chant entonné à l’assurance tranquille des mots choisis pour le lendemain. Il est tout simplement là le succès, vivre pour demain et se sentir bien.


Crédit photo : Joshua EARLE.

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